Vers une pratique responsable des médias sociaux – partie 1

Suite à l’élection de Trump, et plus récemment à l’attentat contre une mosquée de Ste-Foy, dans la région de Québec, j’ai été sollicitée pour donner des entrevues par rapport au rôle des médias sociaux. Spécialement, on cme pose des questions pour mieux comprendre comment les médias sociaux participent de certains dérapages (fausses nouvelles, fausses accusations et chasse aux sorcières, opinions posées comme des « nouvelles », propos haineux, etc.) et comment les éviter.

J’ai une position modérée par rapport à ces questions, car on retrouve le meilleur comme le pire sur Internet, et j’insiste sur le rôle et la responsabilité des citoyens, citoyennes ordinaires par rapport à ces dérapages et à leur signalement.

Voici au moins trois points à considérer :

Éducation critique aux médias.

Dans nos sociétés accidentalisées, il est essentiel d’éduquer les gens et les enfants par rapport aux médias. Plus spécialement, il faut développer leur sens critique à au moins deux niveaux :

  • la source du contenu est-elle crédible?
  • le contenu lui-même est-il crédible et vérifié de mainère rigoureuse?

Concrètement, ça signifie se poser des questions comme : est-ce que dans cet article l’on cite des sources scientifiques, des personnes ressources reconnues ou des témoins, des sources officilelles?

Avoir un peu de retenue.

Facebook est accessible au grand public depuis dix ans, Twitter existe quant à lui depuis plus de dix ans. Les médias sociaux ont d’abord été vus comme des plateformes permettant la « démocratisation de l’expression citoyenne » (je mets des guillemets parce que c’est vite dit, et que franchement ça n’est pas tellement vrai, même si ça permet effectivement une expression citoyenne potentiellement massive – potentiel qui se réalise rarement). Néanmoins, il est devenu banal aujourd’hui d’émettre ses pensées dans des plateformes plus ou moins publiques, de disséminer nos opinions et les nouvelles qui nous interpellent sur Facebook ou ailleurs. Ça n’est pas problématique en soi.

Mais ça peut le devenir en temps de crise. C’est pourquoi j’appelle à un peu de retenue, spécialement quand une situation sensible (comme l’attentat de la mosqué de Québec) survient et qu’on s’apprête à diffuser quelque chose. On devrait se demander : est-ce que je suis en train d’émettre une opinion non-informée? Est-ce que l’information que je vais rediffuser est vérifiée? Quelle contribution est-ce que j’apporte, améliore-t-elle ou clarifie-t-elle la situation?

Limiter la visibilité de l’horreur.

Ne pas contribuer à glorifier les personnes qui commettent des actes barbares en leur donnant de la visibilité. No Notoriety, organisme fondé par des parents dont le fils est décédé dans la fusillade du cinéma d’Aurora, au Colorado (2012), demande aux médias et aux gens de ne pas donner de notoriété aux personnes qui commettent des attentats – la recherche de gloire ou l’idée de laisser sa marque étant souvent évoquée parmi les motivations des tueurs.

Voici les 5 principes de cet organisme, facilement applicables, pour utiliser Facebook et Twitter de manière plus responsable :

  1. Limiter la diffusion du nom de l’auteur d’un massacre, après son arrestation.
  2. Refuser de diffuser les manifestes des tueurs et le détail de leurs motivations, pour privilégier en lieu et place les noms et les histoires des victimes et des héros d’une attaque.
  3. Reconnaître que la recherche de l’infamie, d’une notoriété négative, est un facteur de motivation pour les personnes qui tuent de cette façon : la couverture médiatique accroît cette motivation.
  4. Faire la promotion des experts en santé mentale et en sécurité publique qui peuvent prévenir ces massacres.
  5. Reconnaître qu’une fois l’assaillant attrapé ou abattu, son nom et sa photo n’ont pas de pertinence réelle dans la couverture journalistique.

La traduction des 5 principes est tirée de l’article de Patrick Lagacé paru dans La Presse ce matin (1er février 2017).

 

*** Je mets tout de suite « parie 1 » au titre, cas je suis certaine que j’aurai davantage d’éléments à apporter plus tard. Par exemple, je trouve que l’utilisation des médias sociaux pour témoigner sa solidarité et pour organiser des actions solidaires est extrêmement porteuse. Dans une « partie 2 », donc…

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